• Votons!


    Votons!Il n'a échappé à personne que l'imminence d'une échéance présidentielle entraine toujours les campagnes électorales, surtout si celles-ci brillent par l'absence de débat de fond, vers des plateaux abyssaux insoupçonnés jusqu'alors. Notre pain quotidien consistera donc, jusqu'au jour du jugement dernier, en un savant assaisonnement de basses alllusions sur les accointances supposées d'un vieux mamouth libidineux d'un côté, arrosées de vagues amitiés basannées de l'autre, le tout si vous le voulez bien saupoudrées de considérations vandettesques sur l'éventualité d'une guerre civile aux temps des cerises ou de la qualité des menus des cantines scolaires. Rien ou si peu sur les sujets essentiels, comme la politique de santé de notre beau pays par exemple. Toutes les âmes pures douées de parole, à défaut d'un cerveau, donneront donc chacune de leur petite diatribe inutile jusqu'au moment final où, si la météo le permet, chacun plantera dans l'urne sa graine d'espérance pour un monde meilleur. 

    Soit.

    Mais, Ô hasards des calendes, il se trouve également qu' à quelques semaines près une nouvelle ère débute avec les premières épreuves de l'ECN de médecine 2012. Comme de toute façon l'envolée des débats à venir n'atteindra jamais celle des pissenlits, je profiterais bien de cette conjonction inespérée pour vous livrer, moi aussi, mon encyclique politique de pacotille à destination de nos confrères médecins. Vous ne voyez pas le rapport entre les deux évènements? Suivez bien mon raisonnement tortueux.

    L'ECN de médecine reste, et je le dis à l'attention des non-médecins qui d'aventure fréquenteraient ces lignes, un moment unique dans la vie d'un carabin. En ce qui me concerne, je garde un souvenir ému de mon internat, ancienne dénomination pour cette épreuve qui garde pourtant sous bien des aspects son caractère de concours.

    A l'époque ce rite, décentralisé en régions depuis, se déroulait en deux sessions indépendantes: l'une en province, l'autre en capitale. Bien que facultative, la grand-messe d'alors engendrait une transhumance forçée sans commune mesure dans le monde médical, saturant en deux heures d'échanges téléphoniques préalables, ET le réseau de télécommunication local, ET le parc hôtelier d'une région entière. En ce temps-là déjà le CNG, organisateur des agapes, faisaient preuve d'un talent certain pour l'à-peu-près qui confinera à la virtuosité si l'on considère les épreuves annulées de l'an passé.

    Bref.

    Cette gestion approximative qui provoqua l'ire récente de nombre d'étudiants n'est pas sans rapport avec l'émotion qui m'étreint quand je me remémore un fameux jour de fin de printemps. J'étais, petit externe parisien, tracté par la foule compacte de mes congénères transis de savoirs et de peurs vers le hangar monumental censé réceptionner le fruit de nos réflexions manuscrites. Obtenir un poste d'anesthésie quelque part en France et si possible pas trop loin de Paris était alors mon objectif -je vivais dans l'illusion entretenue (mais démentie depuis!) dans les universités parisiennes qu'en dehors de Paname, point de salut. Ce hangar disais-je, était situé du côté de Rungis, entre deux parcs à viande froide et trois casiers à légumes. J'ironisais alors sur le symbole de cette réunion forçée mais finalement consentie de notre troupe estudiantine, déjà aristocratique mais pourtant moutonnière et grégaire au sein même de ce champ de foire gigantesque destiné normalement à la vente de bestiaux abattus. 

    Je n'imaginais pas alors combien j'avais raison avant de débuter l'épreuve. Nous, l'élite, étions prêts à nous entre-dévorer sous la bienveillance de nos aînés, anciennes victimes et nouveaux complices. Sur le papier certes, mais également sur le pré. Car, et je suis certain que sur ce point rien n'a changé, la lutte ne se fait pas qu'à la pointe du stylo. L'autre volet du drame, plus sournois, plus pervers, se joue lors des pauses de cette session marathon.

    Oui, il faut le savoir.

    Il n'y a qu'une chiotte pour tous les participants, et le break est court. Tout le monde le sait mais rien n'est fait. Oh, je vous vois venir, vous allez me dire: mais diable, quel message politique peut bien découler de ce constat accablant? Patience, j'y viens.

    Que faire donc, en cas d'envie pressante devant la masse compacte de ses semblables, furieux et déterminés quand on est un garçon bien élevé? On relève le défi?  Non. On se dit que ça va bien mais merci, on va faire sa petite affaire dehors. Et on sort. Mais là, mazette! On constate qu'on n'est pas le seul à fuir le débat. Partout, partout, derrière chaque bagnole, chaque buisson, portière, arbre, borne incendie (si, si!), j' aperçois, discrète ou assumée, une petite nouille ou une petite fesse. D'où s'écoule un petit filet jaune qui vient grossir le torrent douteux du caniveau d'en face.

    Comme il me reste un peu de dignité je décide de pousser plus loin l'exploration, vers cette butte à l'horizon. Grand bien m'en a pris, car c'est au sommet que s'est déroulée cette scène unique, gravée depuis à jamais dans ma mémoire et qui m'inspire le billet d'aujourd'hui.

    Oui j'avoue, les bras m'en sont tombés. En haut, cachés derrière les épais fourrés dissumulant la rue j'ai vu le plus beau, le plus tragique spectacle du monde. Alignés comme à la parade sans distinction de sexe, race ou rang, mes futurs confrères s'asseyaient sur leur pudeur naturelle en s'adonnant à leurs besoins naturels. Visages fermés par l'enjeu mais chattes, bites, couilles bel et bien à l'air. J'ai pu en nommer certaines. D'autres non, car le rang s'étendait à perte de vue. Déjà drôle, me direz vous. Mais la scène tourna au pathétique quand arriva, tranquille, le petit train de banlieue alourdi d'indigènes fatigués rentrant du boulot. Je revois clairement le regard médusé des badaus hagards, serrés dans les wagons, défilant devant ce rang d'oignons magnifiques.

    Mon message politique? Il est simple à cette heure, car seul un candidat s'est prononcé quant à la sauvegarde d'un semblant de service public en France:

    Cher confrère, ami(e) médecin. Je sais. Je sais que tu as déjà cédé la fois précédente à la tentation du moi d'abord. Tu n'es plus guère sensible aux trémolos de la belle hélène, et ça m'attriste. Le service public, tu t'en cognes. Alors voilà. Sache que je  moi qui ne suis personne, je n'ai rien oublié. Tes erreurs de jugement, je les pardonne. Mais s'il te reste un semblant de dignité fais gaffe.

    J'ai, ils, nous, avons déjà vu ton cul. Nous en sommes restés cois.

    Cette fois-ci, l'affaire pourrait ne pas en rester là.

    « Poil à gratterRoule ma poule »

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  • Commentaires

    1
    Xénon
    Samedi 5 Mai 2012 à 15:33

    Bonjour mon cher John,

    Ce post fait remonter à la surface une de ces bulles que la mémoire tient à notre disposition. Je vous la livre:

    Une de mes connaissances, dans les circonstances décrites précédemment, se précipite hors de la salle de composition dès que la cloche sonne... mais pas le premier. Donc déjà une file d'attente conséquente! Mais dans ces affaires-là, l'urgence ressentie peut rapidement se transformer en urgence pour le caleçon. L'ami avise une sortie peut usitée, l'assurance de trouver un petit coin tranquille pour se soulager, un angle pas encore trop humide. Pantalon sur les chevilles, la délivrance commence. Il est temps de lever le nez, de prendre un air dégagé... et de s'apercevoir que le mur choisi est en fait la baie vitrée de la salle de composition où la majorité des futurs collègues fini de ranger ses affaires !

     

    A bientôt mon cher John, et ne perdez pas espoir, le monde n'est peut-être pas si mauvais.

    2
    Samedi 5 Mai 2012 à 19:54

    Tant que ce n'est pas voté, ce n'est pas acté... Et ce, sans compter sur les pinailleurs, les plaideurs ou les tricheurs.

    Je vous renvoie sur la déclaration du Conseil Constitutionnel en date du 25 avril 2012 ...

    3
    Dimanche 6 Mai 2012 à 13:32
    nfkb

    quel suspense jusqu'au dénouement ;) !

    4
    Lundi 7 Mai 2012 à 09:46

    Pour ceux qui votent pour un programme qui leurs est préjudiciable pour l'unique raison qu'ils ne peuvent pas voter "pour l'autre", demandez donc à votre chère et tendre un résumé sur "la disssonance cognitive".

    5
    Dr Snow
    Lundi 14 Mai 2012 à 09:10

    @fultrix : ça va les fesses ? Un peu de pommade, et dans quelques semaines il n'y paraîtra plus.

     

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    6
    Lundi 14 Mai 2012 à 22:01

    Frapper une "pauvre, faible, femme, sans défense" ...c'est mal !

    C'est à cause de la "dissonance" ?

    Il me fraudrait aussi un arrêt de travail avec un ITT d'une petite quinzaine, docteur.

    Pour la pommade : pâte à l'eau (au zinc) ou arnica ? Y'a besoin d'une ordonnance ?

    7
    John Snow Profil de John Snow
    Lundi 14 Mai 2012 à 22:05

    @Fultrix: Ah, mais je frappe personne, moi. Y'en a un qui cherche les ennuis à utiliser un pseudo voisin du mien. D'ailleurs tiens, j'en profite: pourriez-vous à l'occasion, siou'plait trètrès cher, changer d'identifiant à l'avenir cher Dr Snow? Afin bien sûr de ne pas embrouiller trop les lecteurs éventuels... 

    Merci!

    8
    Dr Frédéric Snow
    Mardi 15 Mai 2012 à 08:37

    Bien volontiers cher John Snow, il est vrai que ce sobriquet prête à confusion. Sachez pourtant que Snow est mon nom (ou presque...).

    @ fultrix : pardon d'avoir été virulent, c'est sans doute d'avoir trop souffert pendant ces quelques dernières années. Et sur le coup la "dissonance" m'a rendu sourdingue, le sang m'est monté à la tête, en quelque sorte.

    Bref, ce qui est fait est fait, on verra bien comme dirait l'autre, mais bon dieu quel soulagement !!!

    Concernant la pommade... L'arnica est à mon avis tout à fait indiqué dans ce cas de figure. Surtout pas d'AINS, la peau n'aime pas du tout.

    Bien à vous toutes et tous, 

    Frédéric

    9
    Mardi 15 Mai 2012 à 15:35

    @Frédéric Snow : Un toubib chasse l'autre ...

    Ma première réflexion sur la dissonance était d'ordre général, chacun mettant un nom à sa convenance.

    Ma réflexion sur les mauvais traitements s'adresse à tous les malveillants ... mais je suis bien contente que notre hôte ait des manières civiles. J'aurai pourtant dû m'appercevoir de l'usurpation, il n'y avait pas la plaque commémorative en gravatar .. Je mets cette erreur sur le compte de la fatigue.

    10
    Dr Frédéric Snow
    Mercredi 16 Mai 2012 à 08:54

    Vous avez tout à fait raison, notre cher John Snow est d'un naturel qui me semble courtois et bienveillant (à condition qu'on ne lui cherche pas trop de poux dans la tête, surtout au boulot). Je dirais qu'il a la classe version british, et n'est pas en reste côté sens de l'humour.

    Je ne sais d'ailleurs pas si l'acquisition de ce flegme matiné d'un soupçon d'ironie souriante est une condition réglementaire à l'obtention du desc d'anesthésie réa, mais j'ai connu plus d'un "gazier" qui en était solidement pourvu.

    Peut-être le Dr Snow (attention : le vrai, pas le vilain "usurpateur") pourra-t-il nous éclairer un jour sur ce qui reste pour moi un mystère.

    Fultrix, à propos d'une hypothétique "malveillance", je tiens quand même à dire 2-3 choses, afin que vous ne vous mépreniez pas plus longtemps sur mon compte :

    - tout d'abord je n'aime pas du tout la violence, surtout si elle émane de moi.

    - ensuite, je ne vous ai pas frappé (cf commentaire 6). Nous sommes sur internet.

    - enfin, je ne savais pas le moins du monde, en vous répondant, que vous étiez une "pauvre, faible, femme, sans défense".

    J'espère donc que tout malentendu est dissipé, et que vous arrêterez les applications de pommade à la lecture de ce commentaire ;)

     

    Au plaisir de vous lire, 

     

    Frédéric

     

    11
    Kong Fan
    Vendredi 3 Août 2012 à 21:40

    Ma vessie de chameau m'a évité de montrer mon cul, et je ne m'en fous pas du service public. Mais qui que soit le candidat, il est au jour le jour saboté.

    Dans le service public, on a toujours pas compris que 35 h, ce n'est pas travailler 7h par jour+les RTT ; que les EPP, RMM à préparer ne sont pas côter à la T2A ; que le patient s'en fout que l'hôpital ait l'accréditation Y vu que les RV sont à 3 mois, et qu'il ne voit jamais le même médecin, n'a jamais le même discours.

    Comme dit Anne Roumanoff  "service public, ça ne veut pas dire au service du public mais payé par le public".

    Alors je veux bien voter pour qui tu veux, mais le problème c'est que dans le lot de ceux qui montrent leurs fesses, il y en a pas mal qui les ont vendues. Maintenant je fuis dès que je vois un tube de vaseline.

    12
    Lundi 30 Mai 2016 à 10:49

    Le métier d'anesthésiste est déficitaire, avec des places à prendre dans les cliniques, les services d'urgences et les hôpitaux publics. Merci de partager ce témoignage poignant. Nous espérons que malgré une augmentation des patients, le corps médical et la profession d'anesthésiste vont mieux se porter.

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