• Sans connerie

    Sans connerie.


    J'étais de garde cette nuit.

    Rien. Calme. Deux ou trois bricoles, pas de quoi fouetter un chat.

    Sauf que.

    Le destin a voulu que je croise la route de monsieur Vessie hospitalisé en gériatrie. La gériatrie, pour moi qui suis habitué à l'ambiance pastel et aux lumières crues des décors opératoires, c'est un petit bout d'aventure au pays de l'eau de Cologne. j'y vais toujours dans l'esprit d'un garnement qui ferait l'école buissonière pour raconter aux copains comment c'est dehors.

    Ma mission, pour ceux qui ne s'en doutent pas, c'est la mission universelle du gazier qu'on extrait de son bloc comme un escargot de sa coquille: perfuser LE patient. Celui-là même qui a servi de proie à une légion d'infirmières-picadors durant des heures et qui, de guerre lasse, doit se résoudre à subir l'estocade du toréador des champs stériles. Vous reconnaîtrez facilement monsieur Vessie si vous le croisez: son corps est moucheté de petites compresses-papillons blancs sur fond bleu, jaune ou rouge. C'est selon la durée et l'intensité du combat. L'anesthésiste, lui, est le type qui VA y arriver. Pas parce qu'il est fait d'une matière spéciale dont sont faits les super-héros. Non. Juste parce qu'il sait qu'après lui, plus personne. C'est tout.

    Mais là n'est pas le sujet.

    Les services de médecine c'est aussi pour moi l'occasion rare de changer de cuisine et de me frotter aux médecins, aux vrais. Ceux qui ont des lunettes sur le nez, le stétho dans la poche et le front soucieux. Ceux qui prennent en charge le malade pendant ddddddeeeeeeessss jours, seuls au monde. Qui font leur sauce. Moi, j'arrive souvent quand la table est mise. Je ne débarrasse pas toujours. Mes prescriptions sont autant de bouteilles à la mer que je piste à chaque check-point (répétez 3 fois très vite). Comme je ne compose ni le menu ni le plan de table, je dois trouver un coin pour manger ce que me présente le cuistot.

    Nous n'avons pas les même neurones.

    Hier, le problème, c'était que finalement monsieur Vessie il avait VRAIMENT besoin d'un cathéter central. A 20 heures. Après discussion entre gens bien, nous avons convenu de le poser sans délai. Et je suis ouvert la nuit, ça ne me dérange vraiment pas. Une prise en charge idéale. 

    Sauf que. 

    A vingt-et-une heures, après avoir tranquillement visionné la radio de contrôle et fait passer les antibiotiques salvateurs, j'appelle les infirmières du service pour donner les consignes prévues. Et je tombe sur la gériatre, toujours présente malgré l'heure indue. Ni de garde, ni d'astreinte. Non, juste là pour prescrire les antibiotiques et la radio pulmonaire de monsieur Vessie. Au cas où je ne les aurais pas faits, même si nous étions d'accord une heure auparavant. Je m'en étonne gentiment et lui demande si elle a une vie de famille. Si, bien sûr. Mais là c'est son patient, elle est inquiète. Contacter l'équipe de garde, pourquoi faire? C'est pas si grave. Alors elle reste. Bon. 

    Vue d'une chapelle médicale où l'omnipotence est le modèle, cette fille a sûrement une place de choix. Vu de mon clocher pas si lointain, je me dis qu'elle gagnerait à faire plus me faire confiance plutôt qu'à me surveiller.

    L'autre jour, c'était au scanner. Autres temps, autre pièce, mais acteurs similaires. Besoin d'une anesthésie générale pour un patient de radiologie interventionnelle. Un truc savant qui consiste à griller des boules de foie à l'aide d'un parasol à mouches en regardant un écran. Pas franchement douloureux ni dangeureux, mais le patient ne doit pas bouger sinon la télé passe sur Canal Plus sans l'abonnement. Donc je suis là, aux premières loges. Et j'assiste. Durant des heures. Au début, ça m'amuse de voir des geeks à frange enfiler le costume de lumière chirugical. A la fin, moins.  J'ai perdu le compte des boules noires et des boules blanches. De l'autre côté de la vitre, ils me font signe. Apparemment, c'est fini. 

    - Déjà? J'ai pas vu griller la dernière.

    - Normal, on n' y arrive pas. Tant pis, ce sera la chimio.

    - Beuh! C'est quoi, le problème? Elle a l'air facile d'accès, pourtant! 

    - Au scan, oui. Mais le problème c'est le bord de la table. L'abord idéal est très postérieur et on ne peut pas, tu vois. Le patient est sur le dos, ça gène.

    - ... Misère. c'est  juste ça le problème? 

    - Oui.

    - Et vous ne vous êtes jamais demandé comment des patients pouvaient se retrouver avec des cicatrices dans le dos ou sur le côté?

    Visiblement non. Et pif, paf. Deux minutes après le patient est installé en décubitus latéral. Un première au scan paraît-il. Ils étaient ravis. On aurait dit deux singes dans 2001, Odyssée de l'espace. Règlé en dix minutes contre deux heures de tentatives décérébrées.

    Omnipotence, toujours. Et jamais de coup de fil à un ami.

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 25 Février 2012 à 18:32

    Fichtre !

    Depuis le temps que des confrères vous recommandaient le passage au blog !)

    Vos divers articles sont un régal.

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    2
    John Snow Profil de John Snow
    Samedi 25 Février 2012 à 23:04

    Rhôô!

    Venant de vous, ça me touche. Vous me l'aviez suggéré aussi, me semble-t-il. 

    Et n'hésitez pas à me corriger, à la relecture je m'aperçois que c'est bourré de fautes. Arf.

    3
    Samedi 25 Février 2012 à 23:29

    J'accepte avec plaisir de rejoindre votre "comité de lecture", section orthographique !

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